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psychanalyse

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L’adolescent et la tentation suicidaire

psychanalyse Posted on Fri, March 17, 2017 18:41:39

Colloque du CILA sur : L’adolescent et la tentation suicidaire

Le suicide est l’une des premières causes de mortalité à l’adolescence. Ce drame individuel retentit sur la famille et l’entourage, pour qui il demeure trop souvent incompréhensible. Comment tenir compte de cette onde de choc traumatique lorsque l’on est parent, enseignant, éducateur, médecin, psychologue ? Comment entendre la tentation du suicide ? Il importe de distinguer le suicide de sa tentative, ou encore la radicalité d’un passage à l’acte d’un recours à l’acte adressé à un autre. Le désespoir d’être jamais aimé, en lien avec le relâchement objectal propre à l’adolescence, peut pousser au suicide. Plus souvent, le suicide apparait alors comme une alternative au désir de tuer l’objet à l’intérieur de soi, qu’il soit idéalisé ou haï. Ce mouvement régressif, traiter soi-même comme un objet, amène à un constat implacable dressé par Freud : dans le suicide, le moi est en vérité terrassé par l’objet.
Ce colloque explorera les fantasmes inconscients articulant désirs sexuels et vœux de mort à l’adolescence. La clinique qui en résulte est composée de violence et d’agressivité qui renvoient d’un côté au désir de mourir et de l’autre à des souffrances subjectives sollicitant une réponse contenante voire soignante de l’environnement. Entre l’isolement mélancolique et la tentative de ranimer des liens trop fragilisés par l’épreuve de l’adolescence, ce colloque interroge les raisons qui peuvent pousser un adolescent à vouloir mourir ou à fantasmer sa propre mort. Cette perspective tend, si ce n’est à prévenir les agirs auto-agressifs, à mieux les comprendre pour entendre les signaux de désespoir ou d’espoir là où les adolescents continuent de souhaiter notre présence incarnée, une vivance du lien que nous pouvons maintenir avec eux, touchant autant les pratiques du soin comme celles du champ social dans toute sa diversité.

COLLOQUE DU CILA
L’adolescent et la tentation suicidaire
Colloque organisé par le
Collège International de L’Adolescence (CILA)
Comité d’organisation : Florian Houssier, Brigitte Blanquet, François Marty
Vendredi 24 Mars 2017
Université Catholique de Lyon
Campus Saint Paul 10, Place des archives 69002 LYON

http://www.ofmp.fr/agenda/colloque-du-cila-l-adolescent-et-la-tentation-suicidaire.html



prix oedipe 2017

psychanalyse Posted on Thu, March 16, 2017 11:19:16

http://www.oedipe.org/livre/les-passions-vides


Michèle Benhaim est psychanalyste, professeur de psychopathologie clinique à l’université d’Aix-Marseille (AMU), responsable du master de psychanalyse. Elle dirige l’axe de recherche sur l’adolescence dans le Laboratoire de psychopathologie clinique langage et subjectivité, dont elle est la directrice-adjointe et assure des consultations dans plusieurs lieux de vie et/ou de soins pour adolescents à Marseille.

L’adolescence est un passage, un passage éthique, une éthique du renoncement, un renoncement à l’objet primordial. Hors-contenance, hors-réalité, hors-sujet, hors-limites, hors-d’eux, coupés de leur ressenti, des adolescents éprouvent un sentiment immense de vide intérieur. Passions vides, passions du vide trouvent leurs expressions dans la toxicomanie, les prises de risques, les scarifications, les passages à l’acte, les tentatives de suicides… Dans une tension interne qui n’est pas sans évoquer un étrange lien avec la mort, le vide n’angoisse pas, il soulage. Faire le vide en passe également par se taire. Se taire pour oublier ? Oublier une douleur jamais mise en mots ?

À partir de son expérience avec des adolescents, l’auteur livre une réflexion théorico-clinique qui s’inscrit dans les débats actuels sur les « nouveaux symptômes » mêlant souffrance psychique et sociale. Elle interroge notamment la fonction maternelle à la dérive qui ne remplit plus son rôle de structuration psychique du bébé et de construction de l’altérité.



geopolitique syrienne

psychanalyse Posted on Mon, August 29, 2016 11:57:09

A l’occasion de l’ouverture ce lundi, de la conférence des ambassadeurs, france culture s’intéresse cette semaine aux grands enjeux diplomatiques et, plus
particulièrement… à ses échecs… Aujourd’hui, Culture Monde se penche
sur la Syrie, le nouveau nœud gordien diplomatique.

écoute et réécoute sur :

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guerre et philosophie : derrida meet baudrillard

psychanalyse Posted on Wed, August 24, 2016 17:14:43

Philosophes face à la guerre

Vendredi, 21 Février, 2003

L’Humanité

Comment penser la guerre et le monde ? Au-delà des positions prises,
c’est la complexité qui a marqué le débat de la Maison des cultures du
monde.

Ce mercredi 19 février, l’Institut des hautes
études en psychanalyse et le Monde diplomatique organisaient, avec le
philosophe Jacques Derrida, Jean Baudrillard, et le journaliste Alain
Gresh, une conférence débat autour du thème ” Pourquoi la guerre ? “.
Deux salles pleines à la Maison des cultures du monde. Un public varié
mais visiblement très concerné.

Jean Baudrillard : l’emprise du virtuel

” La guerre en Irak aura-t-elle lieu ? ” Posée à Jean Baudrillard, une
telle question est à double fond. Ceux qui en attendaient une réponse en
forme de prévision ou d’analyse prospective ont été déçus. ” Il est
indifférent que cette guerre ait lieu ou n’ait pas lieu “, lance, ou
relance, l’auteur de La guerre du Golfe n’a pas eu pas lieu, essai paru
en 1991. Un rien provoquant, mais sans trop pousser l’ironie, Jean
Baudrillard développe alors un propos paradoxal et imagé qui situe
résolument le problème de la guerre sur un champ de bataille symbolique :
” Cette guerre est un événement second, de substitution, de ravalement
du seul véritable événement fondamental : le 11 septembre. De même, le
personnage majeur de Ben Laden s’est vu remplacé par un personnage
fantoche : Saddam Hussein. C’est le 11 septembre qui surplombe encore
l’actualité internationale en termes d’humiliation. Stratégiquement, le
terrorisme a créé une situation originale : si la puissance mondiale a
d’ores et déjà gagné la guerre au niveau militaire, sur le plan
symbolique, le terrorisme est vainqueur. Car la puissance mondiale a été
ramenée symboliquement au rang d’esclave. Je m’explique : le maître est
celui qui donne la vie à l’esclave, celui-ci n’ayant pas droit à sa
propre mort. Revendiquer et reprendre son droit à la mort, à travers le
suicide des terroristes, c’est récupérer une position de maîtrise, c’est
prendre la place du maître. D’autant qu’à travers la doctrine du ” zéro
mort “, l’Amérique, allégorique, ne peut plus mettre en jeu sa mort et
prend la place de l’esclave. Elle ne peut répondre au défi. Dans cette
guerre en Irak, les États-Unis sont en réalité engagés dans un travail
de deuil et de contraception de l’événement impossible du 11 septembre,
un événement qui s’est réalisé avant même d’être possible. À l’inverse,
la guerre a tellement été programmée, annoncée, attendue, qu’elle n’a
plus besoin d’avoir lieu. Il ne peut s’agir que d’un non-événement qui
conclut un horizon virtuel. L’emprise du virtuel est d’autant plus forte
que la guerre se dédouble : de part et d’autre du 11 septembre, deux
guerres clones, avec deux ” Bush “. Virtuelle, cette guerre a si peu
besoin d’avoir lieu qu’elle en devient infinie. Par ailleurs, il s’agit
d’une guerre ” préventive “. Ce principe de prévention signifie qu’aucun
événement, aucune singularité ne doit avoir lieu pour maintenir l’ordre
mondial. Ce veto mis sur la singularité est un troisième élément de
négation de l’événement, avec l’effacement de l’ennemi et la
contraception de la mort. ” Force est de constater que sur ces enjeux
symboliques, pas toujours saisissables par la salle, le débat n’a pas eu
lieu.

Jacques Derrida : les morts et le pétrole

Alors, pourquoi la guerre ? interroge René Major, le président de
séance, se tournant sur sa droite, vers cet homme en costume clair, aux
cheveux blancs. ” C’est la première fois que j’accepte de prendre part à
une discussion publique sur un thème d’actualité si brûlante “, déclare
comme en réponse, introductive à son allocution, un Jacques Derrida
souriant. ” C’est important que je puisse le faire sans courir de
danger. N’est-ce pas de cette liberté dont nous avons le plus besoin ? ”
Et d’ajouter sans s’interrompre, immédiatement : ” Tout ce dont nous
parlerons aujourd’hui a rapport avec la force du droit, notamment
international. ” Le temps de son intervention était ouvert, et le ton
donné.

Force, droit, international : chacun de ces mots peut, de
fait, délimiter l’espace triangulaire dans lequel le philosophe a
souhaité inscrire son propos. L’international d’abord, qui lui a permis
de faire lien avec l’intervention précédente de Jean Baudrillard. Notre
approche réflexive de la guerre, pour proche qu’elle puisse sembler –
notamment dans l’attention toute particulière que nous portons aux
effets de la médiatisation planétaire -, n’en est pas moins distante, a
ainsi souligné le conférencier. Une distance qui s’est exprimée
particulièrement à propos de la virtualité symbolique par laquelle le
critique des médias, Jean Baudrillard, a défini le conflit irakien
s’étalant depuis 1991. Il n’est pas vrai que ce conflit soit
symboliquement virtuel, a affirmé le philosophe. ” Sa réalité se mesure
au nombre de morts, dans les deux camps, qu’il a produit. Les morts et
le pétrole, implacablement territorialisés, sont les deux matérialités
de ce conflit armé qui résistent à sa réduction complète à la
virtualité. ” Que ce conflit ne puisse être qualifié de guerre, au sens
traditionnel du terme, est une autre question. Les concepts, tels que
développés jusqu’à présent, de guerre et de terrorisme sont en effet
probablement des concepts moribonds, sinon déjà caducs.

Le droit
et la force ensuite, que Jacques Derrida a conjugués classiquement l’un
à l’autre. Premièrement, parce qu'” il n’y a pas de droit sans la force
qui puisse le faire respecter “. Secondement, parce qu’au fond,
rappelle le philosophe, le droit n’est jamais que la formalisation des
rapports de force. Ce droit que le philosophe a jugé être en crise
majeure aujourd’hui : non seulement la souveraineté des nations est
doublement mise à mal – à cause de l’évolution des rapports
inter-étatiques, et à cause du divorce, interne aux pays, entre les
opinions publiques et les pouvoirs en place -, mais les institutions
internationales mêmes, et l’OTAN en premier lieu, par manque de force,
connaissent maintenant une crise constitutionnelle. ” Le conflit irakien
dissimule, à ce sujet, ce qui est le plus effectif aujourd’hui : la
rupture d’intérêts entre l’Europe et les États-Unis. La mutation des
institutions vers un élargissement démocratique est l’enjeu caché du
conflit irakien. “

Un enjeu par lequel, en conséquence,
c’est-à-dire sous forme d’ouverture, le conférencier a terminé son
allocution : des concepts comme celui de souveraineté, de démocratie, de
peuple doivent être revisités, débarrassés notamment de toute
onto-théologie, pour continuer à servir de balises à l’à-venir. ” Je le
dis sans illusion, sans optimisme, simplement parce que cela ne peut
plus durer. “

Alain Gresh : le cas israélo-palestinien

Alain Gresh, qui était le dernier à s’exprimer sur le sujet, a décidé,
quant à lui, de contribuer au débat – invité en cela, il est vrai, par
René Major – en se référant au conflit israélo-palestinien plutôt qu’à
celui confrontant les États-Unis et l’Irak. Sujet passionnel, a reconnu
le directeur du Monde diplomatique, mais qui n’est pas sans lien avec le
reste des rapports de force en présence au Proche-Orient. Ma position,
a-t-il donc résumé, ne correspond évidemment pas au procès facile que
l’on me fait d’être un pro-palestinien convaincu, obstiné. Si même l’on
pense par là que je comprendrais le peuple de Palestine comme
exceptionnel, supérieur au peuple israélien dans son potentiel
d’émancipation, je démens formellement l’accusation. Mon principe est
simple, de portée générale : les Palestiniens, comme n’importe quel
peuple, donc comme aussi les Israéliens, ont le droit inaliénable à un
territoire propre. Il est suivi d’un constat tout aussi simple, et
historique : Israël se comporte aujourd’hui comme une puissance
colonisatrice. Je pense qu’à partir de là, et en s’efforçant de raison
garder, il s’agirait, de façon urgente, de sortir de la ” danse de la
mort ” à laquelle nous assistons entre ces deux peuples.

Un débat vif

Après l’allocution d’Alain Gresh, René Major a donné la parole à la
salle. Et le public, nombreux, a aussitôt infirmé l’espoir du
journaliste. Les premières questions, vives de contestation, ont fusé : ”
Pourquoi n’avez-vous pas parlé du Liban ? ” ; ” Monsieur Derrida,
comment pouvez-vous dire des États-Unis qu’ils sont démocratiques ? ” ; ”
Jean Baudrillard, vous affirmez la culpabilité de Ben Laden dans les
attentats terroristes contre les tours jumelles de New York. Avez-vous
la preuve de ce que vous avancez ? “. Les intervenants ont répondu
courtoisement, faisant honneur autant que possible aux règles de la
discussion. Alain Gresh a souligné qu’il ne pouvait pas décemment
aborder pendant son temps de parole toutes les difficultés que connaît
le Proche-Orient. Jacques Derrida, réaffirmant sa connaissance des
manquements et des erreurs politiques de l’administration américaine,
s’est fermement opposé à la diabolisation inutile des États-Unis. Jean
Baudrillard a noté qu’il ne s’agissait pas pour lui de faire la preuve
d’une culpabilité juridique de Ben Laden mais de comprendre,
d’interpréter la situation symbolique internationale après
l’effondrement du World Trade Center. Répondant à Jacques Derrida, il a
affirmé qu’une véritable crise de la démocratie avait été ouverte par le
terrorisme. Les manifestations mondiales auraient révélé une dissension
profonde entre les populations et le pouvoir. À travers une coalition
mondiale le pouvoir s’exercerait désormais sans représentativité, à
l’état pur. Pointant là une disparition de souveraineté, l’intervenant a
marqué son pessimisme face à la perspective derridienne d’émergence
d’une nouvelle universelle. Presque une heure de questions-réponses,
close, dans l’assistance, par une jeune femme qui a remercié les
conférenciers d’avoir bien voulu accepter l’invitation qui leur avait
été faite, rappelant combien il était nécessaire qu’en ces heures
difficiles la parole puisse ainsi circuler librement.

Compte rendu : Jérôme-Alexandre Nielsberg et David Zerbib



fethi benslama

psychanalyse Posted on Tue, August 23, 2016 16:22:17

Le psychanalyste Fethi Benslama analyse dans son dernier
ouvrage, “Un furieux désir de sacrifice”, les ressorts inconscients du
désir de mort qui habite les nouveaux jihadistes happés par l’imaginaire
fanatique d’un autre monde meilleur. Il appelle à prendre au sérieux la
détermination de l’ennemi.

Ces derniers temps, pas mal d’ouvrages ont été publiés
sur la radicalité islamiste et le phénomène du jihadisme. Ils se
heurtent tous à la question du “désir sacrificiel” de certains jeunes au
nom de l’islam. L’ambition de votre livre est-il de permettre de
comprendre ce désir de mort ?

La radicalisation a été étudiée en France exclusivement par les
sciences sociales. Or, ignorer le plan de la psychologie individuelle,
c’est ne rien comprendre à ses motifs profonds. Je propose dans ce livre
d’en approcher les ressorts psychiques à partir de mon expérience
clinique, en articulation avec la dimension collective. La
radicalisation est en effet, une condensation de plusieurs facteurs, ce
qui nécessite le croisement des regards et des savoirs. Je pars du fait
que les deux tiers des personnes signalées comme radicalisées ont entre
15 et 25 ans, et dans certains cas moins de 15 ans. Il s’agit de la
tranche d’âge de l’adolescence telle qu’elle est devenue à l’époque
contemporaine : elle commence de plus en plus tôt et se prolonge de plus
en plus tard dans la vingtaine. C’est le temps d’une traversée
subjective qui se caractérise par des difficultés normales plus ou moins
importantes, et parfois par des troubles psychopathologiques. J’ai
essayé de montrer comment l’offre de radicalisation, qui passe par
internet et les réseaux sociaux, utilise les difficultés et les troubles
de cette traversée pour capter les jeunes. J’ai travaillé pendant
quinze ans dans un service public en Seine-Saint-Denis; ces jeunes je
les ai rencontrés et j’ai vu certains d’entre eux dans des états
dépressifs et dépréciatifs d’eux-mêmes, dans une errance, dans un
désespoir de leur monde. Lorsqu’ils rencontrent l’offre de
radicalisation qui leur propose un idéal total, une mission héroïque au
service d’une cause sacrée, ils décollent, ils ont l’impression de
devenir puissants, leurs failles sont colmatées, ils sont prêts à monter
au ciel. La radicalisation est en quelque sorte un traitement de leurs
symptômes, d’autant plus opérant que la fanatisation, les transforme en
automates religieux, ils perdent leur singularité. Lorsqu’ils sont
enrôlés dans un groupe, là le piège de l’emprise se ferme sur eux, ce
n’est pas seulement un processus de soumission, mais de dilatation des
limites de l’individu, il se crée un corps collectif qui favorise la
mégalomanie de chacun, les suicidaires peuvent alors s’auto sacrifier.

L’offre de radicalité islamiste joue-t-elle sur les mêmes
ressorts que l’offre de radicalité d’extrême gauche dans les années 70 ?

Certains aspects se ressemblent mais pas tous. La différence réside
dans la dimension religieuse de l’engagement et dans l’état de guerre
qui existe dans plusieurs pays du monde musulman et qui crée des points
d’appel au feu. Les groupes de l’extrême gauche européenne devaient
créer eux-mêmes leur état de guerre et le déclarer. Dans la situation
actuelle, les terrains de guerres sont nombreux avec leurs horreurs,
dont les images sont diffusées et utilisées pour lever chez les jeunes
le sentiment de l’intolérable et le sursaut moral chevaleresque. De
plus, dans les années 70, il n’y avait pas les moyens de communications
actuels, accessibles à tous. Avec un banal téléphone portable, on
devient émetteur et récepteur de tout et de n’importe quoi, n’importe où
et n’importe quand. C’est hallucinant. Nous sommes baignés en
permanence dans un océan d’images, comme si nous rêvions éveillés. Notre
monde est devenu imaginal, fabriqué par chaque humain télé augmenté. En
ce sens, la radicalisation s’est privatisée et s’est accrue en
corrélation avec les techniques de la communication sans limites. On
pourrait donc parler du jihadisme pour tous. Il en résulte que les
preneurs de l’offre sont des jeunes de plus en plus fragiles
psychologiquement. Avant, les groupes d’extrême gauche, les
nationalistes radicaux, les groupes fascistes, ainsi que les jihadistes
étaient formés idéologiquement et encadrés, aujourd’hui c’est de la
génération spontanée. La conversion est très rapide et se fonde sur des
rudiments religieux, car la fabrique du terrorisme n’est plus regardante
sur le recrutement. C’est pour cette raison qu’il y a eu ces cas de
terroristes mal formés : celui qui s’est tiré une balle dans le pied en
préparant un attentat contre une église, celui qui s’est fait
neutraliser dans le Thalys alors qu’il avait une kalachnikov entre les
mains, celui qui s’est fait exploser deux rues plus loin, parce qu’il
n’a pas pu accéder au grand stade de France, et bien d’autres qui
attendent le jouet mortel ou croupissent en prison d’avoir mal étudié le
manuel pour terroriste amateur. Ce ne sont pas des “gogos”, comme le
dit Boris Cyrulnik, qui se croit autorisé de parler de tout,
probablement sans jamais avoir rencontré un islamiste radicalisé. Ces
jeunes ne sont pas naïfs, mais fanatisés, ils sont déterminés et
dangereux, il faut prendre au sérieux l’ennemi. En fait, on ne prend
plus le temps de les former, la matière humaine est profuse, on fabrique
de la chair à jihad industriellement. Depuis la disparition des grandes
utopies laïques, la jeunesse n’a plus d’idéaux palpitants, ce sont les
plus fragiles qui ne trouvent plus les moyens de sublimer leurs pulsions
dans des causes politiques communes. Il se crée des inégalités dans le
partage des idéaux du vivre ensemble et c’est dangereux pour la cohésion
d’un pays. Il faudrait beaucoup de « Nuit debout » pour remettre en
route le partage des idéaux politiques vivants et non ceux de la langue
de bois et du replâtrage. Il faut rappeler que 25% des radicalisés ne
viennent pas de familles musulmanes, la proportion monte à 40%, si on
considère ceux qui sont issus de familles musulmanes sécularisées.

On peut se radicaliser sans devenir un tueur ou un martyr.
Comment comprendre que certains acceptent de donner la mort ou de mourir
?

En effet, toute radicalisation ne se traduit pas par la violence,
sinon nous aurions des centaines de milliers de tueurs et pas seulement
du côté jihadisme. Mais l’une des valeurs de l’occident moderne,
probablement la plus sacrée, celle de la vie, nous voile la réalité
ordinaire du désir de mourir et des passages à l’acte. Il y a en France,
chaque année, environ 200.000 tentatives de suicide, 10 000 personnes
en meurent, dont 1000 jeunes. Mon hypothèse est que la radicalisation
violente consiste à transformer en autosacrifice des pulsions
suicidaires chez des jeunes happés par l’imaginaire fanatique d’un autre
monde meilleur, et d’un au-delà merveilleux. Il faut garder à l’esprit
que l’une des difficultés du passage adolescence est le trouble des
limites entre la vie et la mort. Certains font des tentatives de
suicides mais ne veulent pas mourir, ils aspirent à devenir d’autres
personnes en traversant la mort. Après tout, la résurrection est un
fondement de la foi chrétienne. Devenir un autre en allant au bout de
soi-même, c’est aussi la visée des sports et des aventures extrêmes.
D’autre part, il y a des délinquants qui sont prêts à anoblir leurs
pulsions antisociales en actes héroïques au service d’une cause suprême.
Ils peuvent donc poursuivre leurs exactions au nom d’une loi
supérieure, et quoi de plus haut que Dieu ? Il se trouve qu’il y a des
suicidaires qui sont en même temps des délinquants et qui veulent se
recycler en tuant et en se tuant ; ils se purifient avec le sang des
autres. Voilà ceux que la propagande de Daech capte dans ses filets. Un
jour, un jeune dans état d’indifférence glaçante m’a dit : “je suis déjà mort, rien ne peut plus m’arriver”.
Quelle puissance dans l’impuissance ! Nous savons cliniquement qu’il
arrive que des personnes meurent subjectivement, tout en restant
vivantes. Nous appelons cela la mort du sujet. Le vivant-mort acquiert
une puissance extraordinaire, s’il est recruté pour une cause sacrée et
transformé en une sainte arme de destruction de masse.
La propagande d’Al-Qaïda et surtout celle de Daech ont utilisé le
ressort du désir et de la facilité de mourir, c’est pourquoi beaucoup de
jeunes enrôlés dans le jihadisme répètent les mêmes formules “la mort c’est comme un pincement“, “nous aimons la mort comme vous (les occidentaux) vous aimez la vie“,
etc. Ils prétendent que c’est l’islam. Mais les musulmans n’aiment pas
la mort, et le martyr dans la tradition n’est pas quelqu’un qui veut
mourir, mais qui trouve la mort en combattant. Il y a donc eu des
musulmans qui ont transformé le martyre en un but en soi. Kant disait de
l’islam qu’elle est une religion du courage, mais des musulmans l’on
changé en religion de la sauvagerie. C’est ce que j’appelle le «
surmusulman ». Les musulmans dont le fondement éthique de leur religion
est l’humilité doivent lutter contre le surmusulman, non par l’humilité
de l’humilié qui se venge, mais par l’humilité de l’humble, sans
ressentiment. En fait, sous l’apologie de l’amour de la mort, qui est
aussi un vieux slogan fasciste (“Viva la muerte”), il s’agit du schème
hégélien dialectique de la lutte entre le maître et l’esclave. Le maître
est celui qui est capable de risquer sa vie. En acceptant de mourir, il
acquiert une puissance qui subjugue celui qui craint de mourir, veut
rester vivant et accepte la soumission. C’est ainsi que l’islamisme
violent veut prendre le pouvoir en transformant les jeunes en maîtres de
la mort.

La sidération en Europe autour de la motivation de ces
nouveaux jihadistes tient-elle au fait qu’on ne comprend pas ou plus ce
que peut offrir “l’espérance religieuse” ?

Ce qu’on appelle religion dans l’occident sécularisé aujourd’hui, se
limite à l’individu, à des groupes de communion temporaires, aux lieux
du culte, à une mémoire et à des symboles, bref un passé désactivé de sa
puissance. Ailleurs, dans la majeure partie de l’humanité, la religion a
une effectivité qui traverse et organise toute la vie commune au
présent. C’est un pouvoir sur les âmes et sur les êtres dans la réalité.
Dans les pays sécularisés, l’espoir est placé du côté du progrès
social, dans le monde sous l’empire de la religion, mise à part la
charité, l’espérance religieuse est en vue de la mort, en tant qu’elle
donne accès au monde éternel. Donc quand on parle de religion ici et
là-bas, il arrive que l’on soit piégé par un mot qui ne correspond pas à
la même réalité anthropologique. Ceci étant, l’occidentalisation du
monde qui a commencé avec le colonialisme et se poursuit avec la
mondialisation actuelle, sécularise d’une manière irrépressible
l’humanité à travers le même modèle technoscientifique et économique.
C’est pourquoi, il y a tant de réactions identitaires et de demandes de
sens dans le monde. Or, historiquement, l’islamisme, né il y a plus d’un
siècle, correspond à la perception par des musulmans du danger de la
sécularisation et de l’occidentalisation. L’islamisme s’est présenté
comme une défense de l’islam, face aux expéditions militaires
occidentales et à l’arrivée avec elles des Lumières. Sous un certain
angle, les Lumières signifient l’émancipation de ténèbres religieuses.
L’islamisme est une mobilisation de la puissance religieuse contre la
sécularisation, qui vient d’un occident qui a désactivé Dieu, mais aussi
en interne contre des musulmans qui sont devenus partisans des Lumières
et qui veulent que leurs sociétés soient gouvernées uniquement par la
raison politique en tant que sphère autonome. D’où le fait qu’aux
expéditions armées occidentales, se sont ajoutées des guerres civiles
entre musulmans. Plus la sécularisation interne avance et plus
l’islamisme devient virulent et auto-immunitaire, au sens où un
organisme se détruit en se défendant. L’islamisme est avant tout
menaçant pour les musulmans et pour leur civilisation. C’est un
fondamentalisme comme on en trouve dans toutes les religions, sauf que
celui-ci a été armé dans le jeu géopolitique entre grandes puissances et
puissance régionales.

Qu’est ce que la figure du surmusulman que vous décrivez dans votre livre et qui peuple les nouveaux jihadistes ?

L’islamisme a voulu rendre les musulmans capables de résister par
tous les moyens religieux à l’occidentalisation du monde musulman. Il a
installé dans leurs esprits l’idée de la défection, de la trahison, de
l’humiliation et de la culpabilité, et en réaction a prêché la nécessité
d’expier, de retrouver la pureté et la piété des ancêtres (le
salafisme). Il appelle le musulman à devenir toujours plus musulman
qu’il n’est, à en faire la démonstration sur son corps, dans ses
manières, par son discours, à travers son mode de vie. C’est
l’intensification du fétichisme religieux qui peut être impressionnant,
mais aussi ridicule. On peut rencontrer le surmusulman sous la forme de
tendances seulement, mais aussi des hommes ou des femmes qui l’incarnent
complètement.
Il faut accorder particulièrement attention à la situation des femmes et
à la propagation de leur voilement actuel, qui a été précédé d’un
dévoilement généralisé à partir des années 50. La femme a été l’un des
principaux vecteurs de la sortie du monde traditionnel musulman. Elles
étaient confinées dans l’enclos domestique, exclues du monde extérieur,
elle étaient considérée comme un objet sexuel total et de ce fait
dangereuses pour l’ordre social religieux. Mais en une cinquantaine
d’années, on les retrouve partout dans l’espace public. De ce point de
vue, on peut parler d’une émancipation partielle des femmes qui s’est
produite dans tous les pays musulmans. Or, le discours islamiste tient
les femmes pour responsables du changement qui a cassé l’ordre
traditionnel gouverné par la religion. En vérité, il n’a pas tort, les
femmes sont la subversion de l’islam. Mais alors beaucoup d’entre elles
ont intériorisé l’accusation et les reproches, la culpabilité et le
désir de racheter leur transgression par le voilement. C’est un
mouvement de fond qui dépasse la conscience féminine, car les femmes ont
souvent pitié des hommes et du tourment que leur inflige leur invention
des dieux. La décision de porter le voile est prise par des jeunes
femmes coupables imaginairement d’une nudité destructrice de l’identité
de leur communauté. Aussi, beaucoup d’entre elles ne considèrent pas
cela comme une soumission, mais comme une affirmation, car sous le
voile, il y a le remord. Je parle ici à partir de la clinique et non
pour défendre le voile. Car en même temps, l’islamisme utilise le voile
comme un étendard de sa conquête, c’est certain. Après avoir culpabilisé
les femmes, il se glorifie de leur inculpation subjective comme une
victoire. Il espère ainsi retarder leur accès à l’égalité avec les
hommes. Si nous ne voulons pas faire son jeu, la démobilisation du voile
doit emprunter d’autres voies intelligentes. Qu’on l’ait limité dans
l’école, qu’on en interdise son port total dans la rue, c’est bien. Mais
poursuivre la focalisation politique sur ce plan n’engendrera que plus
de protestation identitaire par le voile. Car le voile est l’effet d’une
cause, un symptôme et non le mal.

Fethi Benslama, Un furieux désir de sacrifice, le surmusulman, éditions du Seuil, 148 pages.